Crise larvée au sommet de Pastef : Aldiouma Sow défend Diomaye Faye et dénonce une « dérive messianique »

Actualité
La fracture semble désormais ouverte au sein de Pastef-Les Patriotes. Dans une longue déclaration politique aux allures de manifeste, Aldiouma Sow, membre du Bureau politique national (BPN) du parti au pouvoir, a publiquement pris position en faveur du Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, tout en dénonçant ce qu’il qualifie de « dérive messianique » menaçant la survie institutionnelle de la formation politique.
Dans ce texte largement relayé sur les réseaux sociaux, le responsable politique affirme que « les choses ont désormais le mérite d’être parfaitement claires », avant de saluer l’attachement du chef de l’État au dialogue politique. Selon lui, Bassirou Diomaye Faye a toujours fait du dialogue une méthode de gouvernance et non un simple instrument tactique.
Aldiouma Sow revient notamment sur les concertations politiques initiées par le Président de la République depuis 2025, estimant que ce dernier a consacré « des jours entiers » à dialoguer alors qu’aucune obligation constitutionnelle ou morale ne l’y contraignait.
Mais au-delà de cet hommage appuyé au chef de l’État, la déclaration marque surtout une prise de distance nette avec certains responsables du parti accusés d’avoir tenté de confisquer le « Projet » politique porté par Pastef. Sans citer directement de noms, le membre du BPN évoque l’existence de « pactes » et de « complots » qui auraient été noués dans « la suite carcérale du Cap Manuel », en référence à la période de détention des principaux leaders de l’opposition avant l’élection présidentielle de 2024.
Selon lui, des engagements auraient été pris pour transférer ultérieurement le pouvoir à celui qu’il désigne comme le « messie », une expression qui semble viser implicitement Ousmane Sonko. Il affirme également que certains cadres et alliés auraient bénéficié d’investitures ou de parrainages en échange d’une loyauté politique absolue.
Le texte revient aussi sur les investitures controversées lors des élections législatives et locales de 2022, qu’Aldiouma Sow considère comme le début d’une marginalisation de la base historique de Pastef au profit « d’alliés de circonstance ». Il met en garde contre une répétition de ce schéma lors des prochaines échéances électorales, y voyant un risque de « mort politique de la base de Pastef ».
L’auteur soutient par ailleurs que Bassirou Diomaye Faye aurait, depuis son accession à la magistrature suprême, tenté de préserver les équilibres internes du parti et de remettre le « Projet » sur ses bases initiales : démocratie interne, justice sociale, souveraineté et respect des institutions républicaines.
Dans un appel direct aux ministres, députés et cadres du parti, Aldiouma Sow les invite à rester fidèles à « la Patrie et à la République » plutôt qu’à des logiques partisanes ou personnelles. « On pourra vous exclure ou vous suspendre des instances nationales du Parti, mais personne ne pourra vous arracher au projet patriotique », écrit-il.
Cette sortie intervient dans un contexte de fortes tensions politiques et de débats croissants autour de l’équilibre des pouvoirs au sein du régime issu de l’alternance de mars 2024. Elle illustre également les lignes de fracture qui traversent actuellement Pastef entre partisans d’une fidélité institutionnelle au Président Bassirou Diomaye Faye et ceux considérés comme proches d’Ousmane Sonko.
Reste désormais à savoir si cette déclaration ouvrira une séquence de clarification politique au sein du parti au pouvoir ou si elle accentuera davantage les divisions internes déjà perceptibles depuis plusieurs mois.


